AFRIQUE

ALASSANE OUATTARA TRANSFORME LA COTE D’IVOIRE EN RÉPUBLIQUE BANANIÈRE

Aux ordres du Président sortant, le Conseil constitutionnel a validé sa candidature à un troisième mandat. Un scrutin pour lequel le chef de l’Etat a choisi ses propres opposants et éliminé tous les autres. Guillaume Soro dénonce un « coup d’Etat acté par le Conseil constitutionnel » que les Ivoiriens ne peuvent accepter.

Quand un Président sortant renie sa parole et tous ses engagements, viole sa propre Constitution pour briguer un 3ème mandat et choisit lui-même – par l’entremise d’un Conseil constitutionnel qui lui est entièrement dévoué et complètement aux ordres – ses opposants qui auront le droit de se présenter pour le scrutin du 31 octobre prochain, nous ne sommes plus dans une démocratie, mais dans une République bananière ou dans une République cacaotière !

C’est la dérive très inquiétante que connaît désormais la Côte d’Ivoire, où l’entêtement du Président Alassane Ouattara à se succéder à lui-même pour un troisième mandat de cinq ans et à vouloir être réélu dès le premier tour par « Un coup KO ! » risque fort de rallumer la guerre civile que pas un seul Ivoirien ne souhaitait pourtant revivre après les événements de 2010 et 2011 qui firent plus de 3.000 morts.

Avec 48 heures d’avance sur l’échéance fixée, le Conseil constitutionnel présidé par Mamadou Koné a en effet rendu sa copie lundi soir en validant par un tout de passe-passe la candidature du Président sortant, que tous les plus grands juristes et constitutionnalistes de Côte d’Ivoire s’accordent à qualifier d’« anti constitutionnelle ». Et en s’offrant le luxe d’invalider purement et simplement les candidatures de quarante candidats pour ne retenir que quatre candidats (dont l’ancien Président Henri Konan Bédié) qui auront l’insigne honneur d’affronter « Sa Majesté ADO 1er » pour donner l’illusion d’une élection démocratique. Car les résultats sont connus d’avance.

« Quand un Président de la République viole la Constitution d’un pays, manque à sa parole et choisit lui-même ses adversaires, il est évident qu’il ne respectera pas le résultat des urnes », observe fort justement l’écrivain et journaliste ivoirien Serge Bilé.

Sous prétexte qu’ils ont été condamnés à des peines de 20 ans prison par une justice aux ordres et donc rayés arbitrairement des listes électorales, l’ancien Président Laurent Gbagbo, pourtant blanchi par la Cour pénale internationale de La Haye, comme Guillaume Soro ont vu leurs candidatures rejetées sans autre forme de procès.

« Le Conseil vient ainsi de cautionner la forfaiture et le parjure du Président »

L’ancien Président de l’Assemblée nationale a été le premier à réagir dès lundi soir en contestant vigoureusement cette « décision injuste et infondée » et en dénonçant haut et fort un « coup d’Etat acté par le Conseil constitutionnel » que les Ivoiriens ne peuvent accepter. Cette décision « inique », mais « politiquement motivée », souligne-t-il fort à propos « s’inscrit dans une logique d’anéantissement de la démocratie et de l’Etat de droit ». Sous Mamadou Koné, ajoute-t-il, « le Conseil constitutionnel vient ainsi de cautionner, et sans cela sans surprise, la forfaiture et le parjure de M. Alassane Ouattara, consacrant ainsi la soumission du Droit et de la Justice à la férule du RHDP ». Forfaiture et parjure, les mots ne sont pas trop forts pour tous les observateurs attentifs et honnêtes de la situation politique actuelle en Côte d’Ivoire, où seul compte désormais le « fait du Prince ».

« Je dénonce la validation de la candidature inconstitutionnelle de Ouattara et je dénonce l’exclusion arbitraire et antidémocratique de Gbagbo, Soro, Mabri, Koulibaly, Tanoh », a également fait savoir le président Bédié, en prenant acte de la validation de sa propre candidature.

Obéissant à une logique clanique pour garder le pouvoir coûte que coûte, le Président Ouattara est devenu autiste, complètement sourd et aveugle, seul dans sa « tour d’Ivoire », entouré de courtisans qui lui font croire que tout va bien dans le pays et qu’il sera réélu sans problème le 31 octobre. Il est ainsi resté sourd à l’appel solennel lancé le 31 août dernier par le cardinal-archevêque d’Abidjan, Mgr Jean-Pierre Kutwa, l’invitant au « Respect du droit dans la concertation » et demandant à tous les acteurs politiques du pays de « renouer le dialogue ».

« Je ne peux pas ne pas me tourner avec respect vers le Président de la République, chef de l’Etat dont la candidature n’est pas nécessaire à mon humble avis. Son devoir régalien de garant de la Constitution et de l’unité nationale appelle son implication courageuse en vue de ramener le calme dans le pays, de rassembler les Ivoiriens, de prendre le temps d’organiser les élections dans un environnement pacifié par la réconciliation ».

Mais hélas – trois fois hélas – Ouattara, qui ne supporte plus d’entendre la moindre critique, n’a pas prêté la moindre oreille à cette voix du bon sens et n’a pas eu le courage de saisir cette main tendue par le Cardinal Kutwa pour l’aider à se sortir de ce mauvais pas et d’une logique d’affrontements et de répression qui ont déjà fait en août plus d’une vingtaine de morts !

« J’élève la Croix du Christ sur notre pays afin que le Malin soit vaincu », a redit Mgr Kutwa ce lundi 14 septembre, à la fête de l’exaltation de la Sainte Croix glorieuse, bien conscient de voir la Côte d’Ivoire s’enfoncée à grands pas dans l’abîme et le chaos…

« Toute mort d’un Ivoirien est un mort de trop ! »

D’autres personnalités avaient également élevé la voix cet été pour tenter d’appeler au dialogue et à la non-violence, en soulignant avec courage et intelligence comme Tidjane Thiam sur TV5 Monde que « les conditions ne sont pas réunies pour des élections apaisées ». L’ancien ministre ivoirien, qui a fait une très belle carrière à l’international dans la banque, appelait ainsi au report des élections présidentielles car « tout ce qui divise – comme le 3ème mandat – est à bannir ou éviter ». Et ce dernier de rappeler que « toute mort d’un Ivoirien est un mort de trop ! » et que « la peur n’est pas un outil de gouvernement ». Mais, il n’a pas été davantage entendu car, comme dit le dicton populaire, « il n’y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre ».

Si le pouvoir ne veut pas entendre raison, la Côte d’Ivoire s’achemine donc à grands pas vers une « élection calamiteuse », selon la célèbre expression de Gbagbo en octobre 2000. Dans ces conditions, mieux vaudrait-il supprimer purement et simplement cette mascarade d’élection, que le Président Ouattara s’auto-proclame Président pour un troisième, voire un quatrième mandat, et que le pays puisse ainsi faire l’économie d’un scrutin au budget toujours trop coûteux et surtout l’économie de nombreuses vies humaines !

Car quel respect peut encore inspirer un homme qui, comme Ouattara, se croit au-dessus des lois de son propre pays et qui – au fil des ans – a renié tous ses engagements et trahi tous ses proches ? Dauphin désigné pour lui succéder, Guillaume Soro – sans lequel Ouattara n’aurait jamais accédé au pouvoir il y a dix ans – a été là encore le premier à prendre ses distances en refusant le 28 janvier 2019 d’intégrer le RHDP (Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix), dont Ouattara souhaitait faire une « machine de guerre » pour s’approprier tous les leviers politiques et économiques du pays et installer ainsi son clan au pouvoir à Abidjan « ad vitam aeternam ».

En février dernier, c’est le Vice-président Daniel Kablan Duncan qui lui remettra sa démission, même si celle-ci ne sera connue et effective qu’au mois de juillet, au lendemain du décès du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, le 8 juillet. Depuis, il n’a d’ailleurs pas été remplacé… Ce qui est pour le moins étrange.

En mars, c’est le chef de la diplomatie ivoirienne, Marcel Amon-Tanoh, qui fut de longues années son directeur de cabinet au Palais présidentiel, qui prendra à son tour ses distances, démissionnera pour se porter candidat à la présidentielle du 31 octobre. Au mois d’août enfin, c’est Albert Mabri Toikeusse, qui fut ministre presque sans interruption depuis 20 ans, qui quittera à son tour cette coquille vide qu’est devenu le RHDP, dont il était pourtant un membre fondateur, pour se porter candidat sous ses propres couleurs de l’Union pour la Démocratie et la Paix en Côte d’Ivoire (UDPCI). Notons d’ailleurs que les candidatures de ces deux anciens ministres ont également été rejetées par le Conseil constitutionnel. Circulez, il n’y a rien à voir !

A 78 ans, Ouattara est donc aujourd’hui un homme seul, qui se réfugie dans le déni ! Et c’est cet homme abandonné de tous – et demain peut-être par son actuel Premier ministre Hamed Bakayoko – qu’Emmanuel Macron (après avoir – il est vrai – longuement hésité) a finalement reçu avec tous les honneurs à l’Elysée le 4 septembre, comme si de rien n’était ! En dépit des morts de la sanglante répression et des nombreuses arrestations du mois d’août pour tenter de museler l’opposition unie dénonçant ce « 3ème mandat illégal ».

Ce fut une très grave faute politique, aussitôt exploitée par Ouattara, lui-même, qui, à peine sortie de l’Elysée – tweetait déjà : « J’ai eu un excellent déjeuner de travail avec mon ami, le Président Emmanuel Macron. Nous nous sommes réjouis de nos convergences de vues sur la situation économique et politique en Côte d’Ivoire, notamment l’élection présidentielle du 31 octobre 2020, dans un climat de paix ». Un gros mensonge de plus.

Depuis plus de dix jours, on attend toujours le communiqué officiel de l’Elysée. Car qui ne dit mot consent… et ce silence assourdissant du Président français vaut « blanc-seing » pour le 3ème mandat de Ouattara qui – aux yeux de toute l’Afrique et de la communauté internationale – paraît ainsi soutenu et approuvé par la France. Une funeste erreur que la France paiera un jour très cher.

Source: Bruno Fanucchi

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