INTERNATIONAL

PILLAGE DU PÉTROLE SYRIEN, LE SILENCE COMPLICE DES ÉTATS-UNIS

Donald Trump a dit vouloir garder le pétrole syrien. Pourtant, en vertu du droit international, de telles ressources appartiennent au peuple syrien. À quel jeu le Président américain joue-t-il? Décryptage avec Francis Perrin, directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), pour le Désordre mondial.

À l’occasion de la visite à la Maison-Blanche de Mustafa al-Kadhimi, Premier ministre irakien, le 20 août dernier, Donald Trump a déclaré à haute voix ce qui est normalement gardé sous le boisseau. Il parlait du retrait des troupes américaines de la Syrie: «Comme vous le savez, en Syrie, nous n’en avons presque plus, sauf que nous avons gardé le pétrole.»

Au cas où vous vous demanderiez si un réel danger pourrait justifier le maintien de la présence des États-Unis en Syrie, Trump a levé le doute. Il a déclaré que la menace d’une prise de contrôle du pays par Daech* et l’établissement d’un califat était révolue.Trump est loin du scénario conventionnel de la sécurité nationale des États-Unis. La première règle du «fight club» pétrolier est de ne pas parler du «fight club» pétrolier. Vous parlez plutôt de ces bons gars qui doivent être protégés des méchants à l’autre bout du monde, généralement dans un endroit imbibé de pétrole.

Mustafa al-Kadhimi, assis à côté de Trump alors qu’il expliquait comment les troupes américaines continueraient à monter la garde devant le pétrole syrien jusqu’à ce que l’Amérique puisse l’exploiter, a dû être choqué par tant de franchise. Ou pas. Parce que Trump avait aussi présenté au Premier ministre irakien un projet similaire pour son pays, qui consiste à retirer des troupes en échange d’accords pétroliers. Trump a donc dévoilé la clé pour éviter l’invasion et l’occupation américaines: il suffit de leur remettre le pétrole.

Mais les États-Unis peuvent-ils vraiment prendre le pétrole d’un autre pays sous la menace? Est-ce seulement légal? En tout cas, qui pourrait les en empêcher? Francis Perrin, directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) et chercheur associé au Policy Center for the New South à Rabat, revient sur un volet juridique de ce dossier:

«En termes de droit international, le pétrole, c’est une ressource du sous-sol, et ces ressources du sous-sol appartiennent au pays, donc à l’État. C’est le cas partout dans le monde, à une exception près, les États-Unis, où le propriétaire du sol est aussi le propriétaire du sous-sol.»

Les États-Unis pensent-ils exporter en Syrie leur vision juridique et s’estimer propriétaires du pétrole présent dans les zones qu’ils contrôlent? En tout état de cause, Washington semble décidé à mettre la main sur les ressources pétrolières syriennes, si l’on en croit Donald Trump. Pourquoi le pétrole syrien intéresserait-il les Américains? Francis Perrin répond:

«Ce qu’ils cherchent, c’est à faire en sorte que certains champs de pétrole en Syrie ne tombent pas sous le contrôle de Daech* et de l’État islamique* ou sous le contrôle du gouvernement syrien. Et donc, ils sous-traitent aux forces kurdes, aux Forces Démocratiques Syriennes (FDS), qui sont leurs alliés sur le terrain. Ils leur disent “bon, vous allez garder ces champs-là”, d’autant plus qu’on est dans une guerre.

Il n’y a pas de guerre sans pétrole, puisqu’il n’y a pas de guerre sans carburant. Mais il ne s’agit pas pour les Américains de prendre le contrôle pour eux-mêmes des champs pétroliers de Syrie. D’une part, c’est petit, d’autre part, ils n’en ont pas besoin. L’Irak, c’est un autre enjeu quand on parle de pétrole.» 

Le «pillage» des ressources naturelles d’un État ne serait-il quand même pas un crime de guerre passible de poursuites à La Haye? Francis Perrin réagit:

«La réponse [des Américains, ndlr] consistera à dire, “Mais nous, nous ne prenons pas le pétrole. Ce sont nos alliés kurdes qui prennent le pétrole dans le cadre d’un conflit, puisqu’ils contrôlent cette zone. Mais ce ne sont pas les militaires américains qui vont puiser le pétrole.”»

*L’État islamique (Daech) est une organisation terroriste interdite en Russie

Source: Sputnik France

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