INTERNATIONAL

LE MEXIQUE OFFRE L’ASILE POLITIQUE À JULIAN ASSANGE

Le Président mexicain, Andrés Manuel López Obrador, a offert l’asile politique à Julian Assange juste après que la justice britannique a refusé son extradition vers les États-Unis. Selon Saúl Sánchez, professeur à l’Université ibéro-américaine, ce geste est une manière pour López Obrador d’affirmer son indépendance face à Washington. Entrevue.

C’était un jugement très attendu: le 4 janvier, la justice britannique a annoncé qu’elle rejetait la demande d’extradition de Julian Assange vers les États-Unis, où il risque 175 ans de prison pour espionnage. Il est reproché au fondateur de WikiLeaks la publication de milliers de documents compromettants pour Washington, tels qu’une vidéo montrant des civils tués par les tirs d’un hélicoptère de l’armée américaine en Irak, en 2007. Deux journalistes de l’agence Reuters figuraient parmi les victimes.

Le Mexique de López Obrador sensible au sort d’Assange

Andrés Manuel López Obrador, le Président mexicain, a félicité la justice britannique pour sa décision. Dans la foulée, celui qu’on surnomme AMLO (ses initiales) dans la presse hispanophone a déclaré que son gouvernement était prêt à recevoir Assange.

«Je vais demander au ministre des Affaires étrangères de prendre les dispositions nécessaires afin de solliciter auprès du gouvernement britannique la libération de Julian Assange et pour que le Mexique lui offre l’asile politique», a déclaré le Président mexicain à l’occasion de son point de presse quotidien.

Sociologue à l’Université ibéro-américaine dans la ville de León, au Mexique, Saúl Sánchez explique à notre micro qu’il s’agit déjà de la «seconde flèche diplomatique décochée vers les États-Unis» par AMLO depuis l’élection controversée du démocrate Joe Biden à la présidence américaine. Une élection dont certains résultats sont toujours contestés par Donald Trump et son équipe.

«On se souvient que López Obrador a d’abord refusé de reconnaître la victoire de Joe Biden. C’est donc le second épisode de tensions avec les États-Unis qui survient depuis novembre dernier», analyse le sociologue.

Le Mexique étant un pays frontalier et un important partenaire économique des États-Unis, la décision de López Obrador d’offrir l’asile à Assange a de quoi surprendre les observateurs, souligne notre interlocuteur.

«Une tradition diplomatique d’accueil de réfugiés»

Pourquoi froisser ouvertement le partenaire américain, alors que la version finale d’un accord de libre-échange vient d’être signée entre Mexico et Washington? D’abord, parce que l’offre de recevoir Assange est cohérente avec «la tradition diplomatique d’accueil de réfugiés au Mexique», observe Saúl Sánchez.

«Le Mexique a reçu José Martí [un révolutionnaire cubain du XIXe siècle, ndlr], Trotski, Fidel Castro, Luis Buñuel et d’autres gens importants. Le Mexique a aussi recueilli des républicains espagnols pourchassés par Franco. López Obrador n’est pas insensible à cet historique. En ce sens, on pourrait presque dire qu’il a un côté conservateur. […] Evo Morales, l’ex-Président bolivien, a été accueilli par AMLO en 2019», rappelle le sociologue.

À la demande des autorités américaines, Julian Assange avait été arrêté par les autorités anglaises en avril 2019 à l’ambassade d’Équateur à Londres, où il était réfugié depuis 2012. Depuis, le célèbre lanceur d’alerte, âgé désormais de 49 ans, était détenu dans une cellule de la prison à sécurité maximale de Belmarsh, située dans la capitale britannique.

AMLO à Washington l’été dernier, une fausse réconciliation?

Selon le professeur de l’Université ibéro-américaine, il ne faut pas oublier que le président AMLO «reste un homme de gauche latino-américain», un statut qui s’accompagne rarement d’une grande admiration pour Washington, estime-t-il.

«AMLO pratique un peu un double jeu. D’un côté, il ménage les Américains. Mais, de l’autre, il engage des actions ancrées dans la tradition politique qui est la sienne. […] Le fait de recevoir Assange au Mexique s’inscrirait un peu dans la continuité de l’accueil d’Evo Morales. […] AMLO veut maintenir de bons liens diplomatiques avec les États-Unis tout en affirmant ses ambitions progressistes», souligne Saúl Sánchez.

L’offre de Mexico de recevoir Assange est toutefois soumise à une condition. Le réfugié ne doit intervenir dans les affaires d’aucun État tant qu’il se trouve sur le territoire mexicain.

«Mais, en même temps, il y a aussi la responsabilité de veiller à ce que celui qui reçoit l’asile n’intervienne pas, n’interfère dans les affaires politiques d’aucun pays», a précisé AMLO.

Ce soutien accordé à Assange, un bon coup pour le Mexique dans l’ensemble? Saúl Sánchez y voit plus d’avantages que d’inconvénients.

«Assange pourrait peut-être aussi servir de monnaie d’échange. Je ne suis pas sûr qu’AMLO voudrait en arriver là, mais ça pourrait toujours lui servir dans le cadre de négociations avec les États-Unis. Dans tous les cas, l’offre d’AMLO met le Mexique sur la carte, en quelque sorte. Ce ne doit pas être mal perçu en Europe», conclut-il.

Source: Jérôme Blanchet-Gravel

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