DOSSIERS

LA COURSE AUX VACCINS, ÇA NE FAIT PAS UNE STRATÉGIE SANITAIRE

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Pour Els Torreele, l’ancienne directrice de la campagne pour l’accès aux médicaments de Médecins sans frontières, il faut sortir de la logique de fragmentation afin de privilégier la coopération à l’échelle planétaire. Les États ont les moyens d’imposer des priorités d’utilité publique.

Les vaccins contre le Covid-19 arrivent, promettent les multinationales les unes après les autres, mais vous n’êtes pas rassurée. Pourquoi ?

Els Torreele. Ces dernières décennies, la recherche biomédicale a été transférée au marché. On laisse faire – au sens le plus classique du capitalisme – les grandes entreprises pharmaceutiques, qui doivent résoudre les problèmes de santé avec des solutions technologiques. Les pouvoirs publics ne leur fixent aucune condition et attendent simplement qu’elles soient les sauveurs du monde. C’est exemplaire dans la course aux vaccins contre le Covid-19. À ce stade, les communications sur les essais cliniques n’apportent pas tous les éléments : nul ne sait si les produits qui font la une aujourd’hui coupent la chaîne de transmission du virus, alors que c’est la dimension essentielle pour déterminer l’efficacité d’un vaccin. Ce qu’on nous dit, c’est que, deux ou trois semaines après une injection, il existe une certaine protection contre la maladie… Or, pour la santé publique, il est indispensable d’en savoir davantage sur l’efficacité et la sécurité dans la durée.

Le pouvoir de décision a été abandonné par les États, qui ont tout délégué aux grandes entreprises dans un secteur hyperfinanciarisé. Investissements publics dans la recherche, organisation des essais cliniques, subventions directes pour le développement des vaccins, pour les infrastructures de production et de logistique, mécanisme des achats à l’avance des vaccins à des prix très élevés…

Comment a-t-on pu laisser Big Pharma snober toutes les initiatives prises par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) visant à coordonner les efforts ?

Els Torreele. L’institution n’a pas la possibilité d’imposer quoi que ce soit. L’OMS, ce sont les États, et ils n’ont pas voulu affronter l’enjeu d’une stratégie de santé publique à l’échelle mondiale ! Mais ça n’est pas tout : les agences réglementaires de santé publique n’ont pas la volonté d’exercer toutes leurs prérogatives. Conçues comme des garde-fous pour protéger l’intérêt public, elles ont évolué au fil du temps et se contentent d’accompagner l’innovation médicale pour les patients. C’est criant à la lecture des rapports annuels où elles se félicitent du nombre de produits qu’elles ont pu approuver. Mais elles se tiennent à l’écart quand il s’agit, comme aujourd’hui, d’imaginer les outils nécessaires et leur coordination pour vaincre la pandémie. La compétition générale, au détriment d’une coopération globale, entraîne une fragmentation qui risque d’être catastrophique : au lieu de réfléchir à affronter la pandémie à l’échelle mondiale, les États les plus riches ont réussi à acquérir des centaines de millions de doses, et ils se demandent maintenant ce qu’ils vont en faire. Ce n’est pas une stratégie sanitaire !

Comment sortir de cette impasse dangereuse ?

Els Torreele. Avec le Covid-19, on a remis les multinationales et leur modèle basé sur les profits financiers au centre du jeu. Depuis quelques années, l’industrie pharmaceutique, qui dépense plus en marketing qu’en recherche et développement, était plutôt sur la défensive : sous la pression des mouvements et de la société civile, la durée des brevets, les monopoles, les mises sur le marché de traitements sans aucune valeur thérapeutique, les prix exorbitants – dépassant parfois les centaines de milliers d’euros – de certains médicaments aux frais des systèmes de sécurité sociale en Europe étaient mis en question… Et là, la pandémie survient, les gouvernements sont effrayés et les grandes entreprises en profitent pour redorer leur blason. C’est leur heure de gloire et elles en profitent. Les patrons discutent en direct avec les chefs d’État, et la société civile, les pays du Sud sont écartés des discussions.

En même temps, à l’exception de Donald Trump, les dirigeants des grandes puissances rivalisent de déclarations généreuses autour du vaccin comme « bien public mondial »…

Els Torreele. Oui, c’est vide mais on n’avait jamais entendu de tels propos jusqu’à présent. Cette revendication par les chefs d’État d’un accès aux vaccins, abordable, équitable, partout dans le monde, est tout de même une première, et il faut le souligner. Chacun sait que, face à cette pandémie, personne ne sera protégé tant que tout le monde ne le sera pas. Hélas, pour le moment, ce sont l’opportunisme et le nationalisme des plus riches qui triomphent. Et l’industrie pharmaceutique en profite : alors qu’elle demandait sans cesse des précommandes et des subventions pour les antibiotiques, qu’elle considère comme trop peu rentables, elle profite du Covid pour tenter de conforter encore ce modèle comme référence pour l’avenir : de l’argent public pour couvrir tous les risques et les profits dans les poches des actionnaires…

Résultats scientifiques divulgués partiellement par les entreprises elles-mêmes, contrats commerciaux qui maintiennent le secret sur les prix mais transfèrent la responsabilité aux États en cas d’effets indésirables… Sur fond de complotisme galopant, cette opacité entretenue ne risque-t-elle pas d’alimenter la défiance à l’égard des vaccins ?

Els Torreele. Avec des communiqués de presse des multinationales, la transparence n’est pas du tout assurée, en effet. Pis ! Ce sont les entreprises elles-mêmes qui élaborent les protocoles pour obtenir les résultats les plus rapides et les plus séduisants pour les marchés, alors qu’elles ont évidemment des intérêts financiers directs. L’absence de transparence sur les données complètes, sur les commandes des États, la répartition entre eux, les prix, les centres de production, cela risque d’ajouter à la crise de confiance dans les vaccins, avec une conjonction de mauvaises et de bonnes raisons… Sur le complotisme, honnêtement, je ne sais pas comment faire pour le contrecarrer. Mais sur le reste, c’est très pertinent de demander des preuves, des données, de la transparence. Il faut absolument ouvrir la discussion. Le secret commercial ne peut être un paravent pour l’empêcher. Chacun doit pouvoir se faire son opinion. Il faut savoir ce qui est connu avec certitude, ce qui reste à vérifier dans des études, etc. Cette transparence est indispensable. Toute opacité supplémentaire dans un contexte de défiance à l’égard des politiques, des multinationales, mais aussi de la science, serait une grosse erreur.

Comment remettre l’utilité publique au cœur de la bataille sanitaire mondiale ?

Els Torreele. Quand on a eu l’idée d’envoyer un homme sur la Lune, les puissances publiques ont fixé des critères nets et précis : il ne s’agissait pas d’aller un peu à côté de la Lune ; la commande, c’était de marcher sur la Lune… On ne doit pas attendre que le marché sauve le monde, c’est aux États de fixer les ambitions et de déterminer les priorités. Mettre la science dans une logique de compétition, avec des brevets émanant de recherche publique transférés ensuite aux multinationales, cela nous condamne car ce qu’on met en compétition, ce sont des solutions qui seront forcément plus médiocres que si elles émanaient d’une coopération générale où chacun apprend des réussites et des échecs des autres. Aujourd’hui, toutes les multinationales occidentales, mais également les laboratoires dans les autres grandes puissances, comme la Chine, utilisent à peu près les mêmes technologies pour leurs vaccins, mais elles ne partagent rien. Il fallait aller vite, le marché est parti chercher au même endroit – immuniser contre la protéine Spike, qui permet au coronavirus de pénétrer les cellules –, et personne n’explore d’autres voies qui enrichiraient une stratégie sanitaire globale.

Effet de la frénésie actuelle largement spéculative, tout est aujourd’hui focalisé sur le vaccin, et seulement lui, dans la lutte contre le Covid-19. Pourquoi cela ne peut pas suffire, à vos yeux ?

Els Torreele. Plus de 7 milliards d’individus, deux doses de vaccin : les calculs sont faits. Les outils du marché arrivent, ce sont des biens de consommation, en quelque sorte, qui sont poussés en avant pour des logiques de profits… Mais c’est très binaire de penser que tout passe par un vaccin qui devrait être administré à tous les habitants de la planète. Une réelle stratégie de santé publique mondiale devrait examiner les caractéristiques de tous les outils dont on dispose, l’évolution de la pandémie dans les différentes régions, etc. « Quelles sont les populations qui peuvent le plus bénéficier d’un vaccin tout de suite ? » C’est la question qu’on devrait se poser et qui est totalement éludée par les États. Je discutais récemment avec un collègue du Cameroun, où, jusqu’ici, l’épidémie a été plutôt contrôlée, mais où, en revanche, le paludisme ou d’autres maladies continuent leurs ravages et on aurait bien besoin de l’argent disponible… Au Vietnam, à Taïwan, à Hong Kong, il y a eu aussi une prévention efficace. Donc ce n’est peut-être pas la peine de vacciner tout le monde avec un produit sur lequel on a encore peu de données. Certes, on fera sans doute moins de bénéfices avec des masques ou de la distanciation physique, mais le but aujourd’hui, c’est d’endiguer la pandémie !

Entretien mené par Thomas Lemahieu (L’Humanité)

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