CONGO

L’HÔTEL PARTICULIER DE CHRISTEL SASSOU NGUESSO SAISI À PARIS

L’hôtel particulier parisien qui donne des sueurs froides à Denis Christel Sassou Nguesso

L’hôtel particulier parisien qui donne des sueurs froides à Denis Christel Sassou Nguesso acquis en 2013 pour 4 millions d’euros via une SCI de droit congolais, un luxueux bien immobilier de 600 m2 occupé par le ministre de la coopération internationale, rue Fresnel à Paris, fait l’objet d’une ordonnance de saisie dans le cadre du dossier dit des « Biens mal acquis ». Au total, les juges s’intéressent à 25 millions d’euros d’investissements immobiliers. Edition du 25/10/2021 Lecture 7 minutes c’est un paisible hôtel particulier situé à deux pas de la Seine, rue Fresnel, au cœur des beaux quartiers du 16e arrondissement parisien, à l’ombre de la tour Eiffel.

Deux halls d’entrée et une galerie accueillent le visiteur qui pourra accéder aux trois étages comprenant, entre autres, cinq chambres, un bureau et trois salles de bains, via des escaliers ou un ascenseur privatifs. Au troisième étage de ce bien de 600 m2, une terrasse donne sur la tour Eiffel, toute proche, située de l’autre côté de la Seine.

Selon la justice française, les heureux occupants ce vaste appartement sont Denis Christel Sassou Nguesso, dit « Kiki », et sa seconde épouse, Nathalie Bumba, ainsi que leurs enfants.Depuis plusieurs mois, l’appartement s’est retrouvé aspiré dans le tentaculaire dossier dit des « Biens mal acquis », initié par une plainte de l’ONG Sherpa en 2010, qui a ciblé des biens immobiliers gabonais, équato-guinéens et congolais. L’ONG les soupçonne d’avoir été financés par des détournements de fonds publics.

L’appartement de la rue Fresnel fait l’objet d’une attention particulière des juges du Parquet national financier (PNF) depuis près d’un an, et cela sans que Denis Christel Sassou Nguesso n’ait été mis en examen, contrairement à ce que de nombreux médias avaient affirmé en février 2020. Le 14 avril 2020, en plein confinement, c’est plutôt une ordonnance de saisie qui a été prononcée contre au moins l’un des biens immobiliers occupés par Denis Christel Sassou Nguesso, rue Fresnel. Les juges justifient celle-ci par « l’origine nécessairement illicite des fonds utilisés pour financer cet investissement immobilier ».

La saisie a été effectuée par l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc) le 20 avril suivant. Le dossier des « Biens mal acquis » reste une épée de Damoclès au-dessus de la tête de Denis Christel Sassou Nguesso alors que ce dernier, désormais ministre de coopération internationale, cherche à présenter aux chancelleries occidentales un profil responsable et travailleur, loin des frasques du passé. Alerté de la progression de l’enquête, notamment par une perquisition rue Fresnel, le fils présidentiel a tenté l’an dernier de mettre le bien en vente, avant d’en être empêché par l’ordonnance.Contacté, l’avocat du ministre, Me Jean-Jacques Neuer, répond que « Denis-Christel Sassou Nguesso n’est pas le propriétaire [de l’hôtel particulier] et donc n’est pas concerné par ce dossier.

Il ne peut malheureusement que constater et déplorer les amalgames et simplifications à des fins politiques qui traduisent en réalité un mépris total de la souveraineté des Etats africains. »Des proches de Denis Christel procèdent à l’achatTout commence le 7 février 2013. Officiellement, le luxueux hôtel particulier et sa cave ont été achetés par la SCI Olympic pour un montant de 4 millions d’euros tout ronds, via un compte logé à la BGFI Bank du Congo. L’acte d’achat a été signé par un certain Abdou Pene. C’est le notaire habitué de la famille Sassou, qui a déjà réglé la succession d’Edith-Lucie Bongo, la fille de Denis Sassou Nguesso qui avait épousé l’ex-président gabonais Omar Bongo.

Contacté, le notaire n’a pas donné suite à nos sollicitations. Olympic est une société de droit congolais, basée à Brazzaville, qui doit son nom à la proximité de son siège avec l’Hôtel Olympique, palace fréquenté par le tout-Brazzaville. L’adresse est celle de l’étude notariale Missamou et Bimbeni, dont l’un des fondateurs, Eric Bimbeni, est depuis juin le conseiller administratif et juridique du ministère de la coopération internationale dirigé par Denis Christel Sassou Nguesso. C’est notamment Eric Bimbeni qui est chargé de suivre l’évolution des dossiers des Biens mal acquis en lien avec l’ex-conseiller juridique du président, Wilfrid Obili (AI du 01/10/21).Derrière la SCI Olympic, on retrouve également un Charly Elenga, qui gère déjà la SCI Trois colonnes, propriétaire d’un hôtel particulier utilisé par Denis Christel Sassou Nguesso à Neuilly-sur-Seine.

Pour l’achat, la SCI Olympic était représentée par Jean-Marie Moussengo Alilo, également associé, un proche de « Kiki » très actif dans le secteur aérien (AI du 05/02/20).Alias Franck TchikDenis Christel, qui n’apparaîtra jamais en nom propre dans l’achat des biens de la rue Fresnel, va user, selon les juges du PNF, d’un pseudonyme pour diriger les opérations. Des documents saisis chez le notaire Pene font état d’échanges de mails avec un dénommé « Franck Tchik », qui n’est autre que Denis Christel Sassou Nguesso. »Cette personne donnait des instructions et se comportait manifestement comme le véritable acquéreur du bien », écrivent les juges.

C’est l’intéressé lui-même qui révèle le pot aux roses dans un mail daté du 3 juillet 2015 et adressé à ses architectes, ainsi que Maître Pene dans un échange de mail avec des confrères en 2012, quelques mois avant l’achat.Son épouse, Nathalie Bumba, qui est selon les juges « l’occupante régulière » de l’appartement, sera bien moins prudente. Ainsi sur le procès-verbal de liquidation judiciaire de son entreprise Nasya, le 30 septembre 2019, Nathalie Bumba indique le logement de la rue Fresnel en adresse de résidence. Un an auparavant, en 2018, ses deux sœurs avaient transféré le siège social de leur propre SCI, Joshua, à la même adresse.11 millions d’euros de travaux financés par une société de logistiqueAprès l’achat, vient le temps des travaux.

Car l’hôtel particulier, bien que construit en 2003, connaît quelques malfaçons, à en croire une expertise judiciaire demandée en 2011 par les anciens propriétaires. Les infiltrations d’eau aux premier et troisième étages sont un souci récurrent. L’expert estime alors les travaux de réfections à 157 923 euros, tâche à laquelle les nouveaux propriétaires s’attelleront entre 2014 et 2016.Mais la facture s’approche plutôt des 12 millions d’euros. « Kiki » décide de refaire tout l’intérieur du bien et, là encore, il ne va pas personnellement s’acquitter de la facture. Ce sera le rôle de la société de transport Atlas logistique, via plusieurs versements, entre 2016 et 2018.Atlas est une entreprise centrale dans la galaxie Sassou.

Il s’agit de la société de Jean-Marie Moussengo Alilo qui était détentrice jusque très récemment de contrats avec la Congolaise de raffinage (CORAF), filiale de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC, AI du 26/11/20).Atlas logistique est aussi propriétaire de Galileo Aviation, holding enregistrée aux îles Vierges britanniques qui détient un Hawker 125-800 immatriculé T7-BDD, très utilisé à une époque par la famille présidentielle congolaise. L’avion serait immobilisé depuis 2017 à Dubaï (AI du 26/11/20).Outre l’aviation ou le transit, Atlas Logistique gère donc également les rénovations d’appartements parisiens, mais aussi américains, du fils du président.

Selon les échanges d’informations entre la justice américaine et française, la société de Moussengo Alilo a financé l’achat de biens immobiliers à Denis Christel Sassou Nguesso en Floride. Africa Intelligence a tenté de contacter Moussengo Alilo, en vain. « Il est sans conteste établi, écrivent les juges, que plusieurs des sociétés impliquées dans le chantier [du logement] de la rue Fresnel sont intervenues sur d’autres chantiers d’immeubles acquis à l’étranger par Denis Christel Sassou Nguesso, au travers de prête-noms apparaissant dans la présente procédure mais aussi d’autres procédures ouvertes à l’étranger pour des faits de blanchiment. »Ainsi, les juges constatent que Denis Christel fait régulièrement appel à deux architectes basés à Barcelone et gérants de la société espagnole Serendipity. L’un d’entre eux, Frédéric Remaggi, a dépassé son rôle de créateur d’intérieurs puisque, selon les juges, il a servi de « prête-nom » pour l’acquisition d’un appartement au bénéfice de Nathalie Bumba, à deux pas de la baie de Byscaine, à Miami.

Africa Intelligence a tenté de contacter l’architecte, sans succès.Un train de vie qui ne correspond pas aux revenusMais au-delà du seul cas de l’hôtel particulier de la rue Fresnel, c’est la différence entre les nombreux investissements immobiliers de Denis Christel Sassou Nguesso, son train de vie et ses revenus officiels qui interpelle les juges.Ainsi, ils établissent les investissements immobiliers effectués par Kiki entre 2005 et 2013 à 25 millions d’euros, par apport personnel ou via une SCI. Ils citent, en plus du bien de la rue Fresnel, un appartement acquis à Paris en 2005 pour 1,6 million d’euros et dans lequel 2,4 millions d’euros de travaux ont été effectués, ainsi qu’un hôtel particulier à Neuilly-sur-Seine acquis en 2009 via la SCI les Trois colonnes de Charly Elenga pour un montant de 5,2 millions d’euros, et dans lequel la même somme a été dépensée en travaux d’embellissements.Or, écrivent les juges, « les revenus perçus sont sans commune mesure avec les sommes [investies] en France pour acquérir les biens immobiliers ».

Pour expliquer la différence, les juges mettent notamment en avant « le système de détournement de Denis Gokana », conseiller spécial de Denis Sassou Nguesso en matière de pétrole, mis en place dans les années 2000 et qui expliquerait une grande partie la fortune de Denis Christel Sassou Nguesso. C’est l’époque de l’explosion des prix du baril, le brent dépassera même les 100 dollars en 2008.Gokana crée alors la société Sphynx, chargée de faire l’intermédiaire entre la SNPC et les négociants. Le brut est vendu à bas prix à Sphinx et revendu sur le marché à prix fort, avec une énorme marge.A l’époque, Denis Christel Sassou Nguesso fonde une société hongkongaise offshore nommée Long Beach. Celle-ci signera un contrat de consultance avec Sphynx, le 30 mars 2004 à Paris.

Les créanciers en embuscade »L’ensemble de ces éléments établit que Denis Christel Sassou Nguesso a perçu depuis plusieurs années et à grande échelle des revenus occultes issus de détournements des revenus issus de la rente pétrolière congolaise ; que les commissions occultes qu’il a perçues expliquent l’importance de sa fortune personnelle, qu’il a ensuite blanchie au moyen d’achats immobiliers pour son compte et pour celui des membres de sa famille », concluent les juges.Désormais cernée, l’affaire risque d’être embarrassante pour le ministre de la coopération internationale.

La société Orange, qui détient une créance de 6 millions d’euros auprès de l’Etat congolais, s’intéresse à l’information judiciaire ouverte concernant l’hôtel particulier de la rue Fresnel. En janvier 2020, Orange a assigné le procureur de la République afin d’obtenir copie de l’information, ce qui lui a été refusé par le juge des référés le 10 juillet de la même année.

Source: Africa Intelligence

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