MONDE

LES UKRAINIENS SONT LES PIONS D’UN ÉCHEQUIER GÉOPOLITIQUE

Michael Lüders, conseiller politique : les Ukrainiens sont les pions d’un échiquier géopolitique

Le 24 mars 2022, le président américain Joe Biden a participé à trois sommets à Bruxelles, le sommet spécial des Etats de l’OTAN, une réunion des pays du G7 et une réunion avec les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne, et il y a discuté de la guerre en Ukraine. « Tagesschau.de » titrait : « Le rapprochement de Biden avec l’Europe », Et puis : « Outre des sanctions plus sévères et le renforcement du flanc est de l’OTAN, il s’agit également d’une question symbolique : les États-Unis aux côtés de l’Europe. » La radio-télévision suisse SRF écrivait le 25 mars : « Démontrer l’unité entre l’Europe et les États-Unis était l’objectif principal ».

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La SRF parlait d’un cinquième paquet de sanctions contre la Russie et d’un arrêt des livraisons de gaz ou du moins de pétrole en provenance de Russie, dès que cela serait possible. « Les pays occidentaux devront faire preuve de persévérance dans cette unité contre la Russie », poursuit la SRF. Mais qui doit exactement faire preuve de « persévérance » et qui pourrait être le plus durement touché par la politique de sanctions rigoureuses imposée par le gouvernement américain à la Russie ? Les visites du président américain Biden sont-elles vraiment axées sur l’unité et la solidarité avec l’Europe ou ont-elles un tout autre objectif ? Dès le 6 mars 2022, une analyse remarquable et complète de la guerre en Ukraine – qui apporte une réponse possible à ces questions précises – a été publiée sur la chaîne YouTube du consultant politique allemand Michael Lüders.

Lüders analyse de manière équilibrée, complète et probante l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes, qui a commencé le 24 février 2022. D’une part, il n’admet aucune justification pour « l’invasion russe de l’Ukraine », d’autre part, il voit plus loin que les jugements occidentaux.

Il montre les dessous complets de la manière dont le conflit russo-ukrainien est manifestement instrumentalisé par l’administration américaine. Lüders a étudié la littérature arabe, les sciences islamiques, la politologie et le journalisme. Il a produit des documentaires pour 2 chaînes de télévision allemande et a été pendant de nombreuses années le correspondant au Proche-Orient de l’hebdomadaire « Die Zeit ». Kla.TV a résumé pour vous les principales déclarations de Lüders. Vous trouverez l’analyse complète de Lüders du 6 mars, en allemand, dans le lien affiché à la fin de l’émission.

1. Lüders sur les objectifs de la Russie Selon lui, la Russie poursuit principalement deux objectifs avec l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes : D’une part, conquérir globalement les régions orientales russophones et notamment les régions côtières ukrainiennes le long de la mer Noire, éventuellement dans le but de les annexer plus tard+.

Et d’autre part, de s’emparer de la capitale Kiev, sans doute dans l’intention d’y installer un gouvernement prorusse.

2. Lüders sur la question de savoir comment la guerre en Ukraine a pu se produire Ce qui fait totalement défaut dans les reportages occidentaux, c’est la recherche des causes qui ont permis d’en arriver à cette guerre. George Kennan, diplomate américain et de longue date penseur stratégique de la politique étrangère américaine, déclarait déjà en 1998 dans une interview, après que le Sénat américain eut décidé de la première série d’élargissement de l’OTAN vers l’Est : « Cette décision est une erreur tragique. Elle n’est absolument pas nécessaire.

Personne n’a menacé qui que ce soit. » Il a poursuivi en déclarant – de manière presque prophétique : « Tôt ou tard, la Russie réagira ». Dans la fondation « WissenschaftundPolitik » financée par la Chancellerie fédérale, le général à la retraite Wolfgang Richter a récemment publié un article intitulé : « L’Ukraine dans le champ de tension OTAN-Russie. » Il y décrit sans ambiguïté comment Washington a su contourner politiquement toutes les tentatives de résolution de la crise ukrainienne au cours des dernières années. Le président russe a toujours cherché à se rapprocher de l’Occident, mais ni les États-Unis ni l’UE n’ont été amenés à rencontrer la Russie d’égal à égal. 3. Lüders sur la réponse occidentale et la politique de sanctions face à l’invasion russe en Ukraine La réponse occidentale ne s’est pas fait attendre.

Les rangs se sont immédiatement resserrés au sein de l’UE (à l’exception de la Hongrie) et entre les États-Unis et l’Europe. Lüders énumère les sanctions imposées à la Russie, contre la banque centrale russe jusqu’aux mesures de boycott dans la culture et le sport. Lüders ose une perspective économique et géopolitique en ce qui concerne les sanctions imposées à la Russie. Celles-ci auront également un effet boomerang et affaibliront massivement l’économie allemande. La moitié du gaz naturel consommé en Allemagne provient de Russie, ainsi qu’un tiers du pétrole utilisé et 45 % du charbon brûlé. La Russie est le dixième partenaire commercial extérieur le plus important de l’Allemagne.

En outre, la Russie est un important exportateur de terres rares et de métaux, qui sont budgétés et tarifiés dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, par exemple pour la fabrication de puces ou la construction automobile. Tous les pays occidentaux sont étroitement liés à l’économie russe. La plupart d’entre eux dépendent des livraisons d’énergie de la Russie. Si la Russie devait répondre aux sanctions de l’Occident par des réactions dans le domaine de l’énergie, les pays occidentaux auraient un très sérieux problème et cela équivaudrait à un étranglement économique. Lüders conclut que les sanctions de l’Occident contre la Russie ne peuvent pas être une solution durable, sauf au prix de son propre déclin économique.

4. Lüders sur la réponse de l’Allemagne à l’invasion russe de l’Ukraine Le 27 février 2022, le chancelier Scholz a déclaré devant le Bundestag que Berlin ne consacrerait à l’avenir pas moins de 2 % du produit intérieur brut par an au budget de la défense, comme l’avait déjà demandé le président Trump. En outre, le gouvernement fédéral a approuvé des livraisons d’armes allemandes à l’Ukraine pour un montant de plus d’un milliard d’euros. Cela s’ajoute aux livraisons d’armes d’autres pays de l’UE et de l’OTAN à l’Ukraine, qui sont coordonnées par le gouvernement américain. Ces décisions du gouvernement fédéral vont à l’encontre de sa ligne de conduite actuelle, à savoir ne pas livrer d’armes dans des régions en guerre ou en crise.

Le président Poutine a réagi aux livraisons d’armes à l’Ukraine en plaçant les forces nucléaires russes en état d’alerte élevé. En accord avec les États-Unis et l’Union européenne, le gouvernement fédéral actuel cherche à couper ou à réduire au minimum les relations avec la Russie – et ce, apparemment pour longtemps ! Ainsi, le gouvernement fédéral a suspendu sine die la certification du gazoduc Nord Stream 2. En faisant cela, il néglige le fait que cette attitude pourrait nuire durablement à l’Allemagne, nation exportatrice. Le gouvernement fédéral tente certes de réduire sa dépendance à l’énergie russe et d’importer par exemple du gaz liquide nettement plus cher, principalement des États-Unis.

Mais selon Lüders, il s’agit là d’une absurdité économique qui conduira probablement les futurs gouvernements fédéraux à subventionner durablement le gaz liquide. Dans le cas contraire, les entreprises allemandes ne seraient pas compétitives et les prix du gaz pour les consommateurs privés pourraient devenir inabordables. Aucun programme ne peut cependant réduire la dépendance de l’Allemagne et de l’Europe vis-à-vis des ressources russes. Celles-ci devraient perdurer encore pendant au moins 20 à 25 ans, voire de manière permanente.

C’est entre autres pour cette raison que l’unité tant vantée de l’Occident vis-à-vis de la Russie devrait s’évaporer plutôt tôt que tard. Conclusion de Lüders : il y a de fortes chances que l’Allemagne finisse par se retrouver largement seule face aux sanctions. Moralement à un niveau élevé, mais économiquement en déclin. 5. Lüders sur la réponse du gouvernement américain à l’incursion russe en Ukraine Le gouvernement Biden avait déjà précisé au début de l’année qu’il n’avait pas l’intention, même en cas d’invasion russe de l’Ukraine, de réduire ou même d’arrêter ses importations de pétrole en provenance de Russie.

Les États-Unis sont le deuxième plus grand importateur de pétrole russe. Les sanctions américaines ne s’appliquent pas non plus à l’aluminium, indispensable à la fabrication de puces électroniques. La Russie couvre 15 % des besoins des États-Unis dans ce domaine. Les élections de mi-mandat auront lieu en novembre aux Etats-Unis et le gouvernement Biden ne peut pas se permettre d’augmenter les prix de l’essence. A la question de savoir quel prix les Etats-Unis allaient payer pour les sanctions contre la Russie, le président Biden a répondu brièvement : aucun. Selon Lüders, l’astuce du gouvernement américain est de s’efforcer de trouver des valeurs communes, mais surtout de faire porter aux Européens le prix de la nouvelle guerre froide. Et ce, dans le domaine économique comme dans le domaine militaire.

6. Lüders sur la manière dont le conflit russo-ukrainien est évidemment instrumentalisé par l’administration américaine Sans vouloir justifier l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Lüders souligne que la vérité est que cette situation est encouragée et instrumentalisée politiquement. Cela dans le but de décharger les Etats-Unis de leurs dépenses en armement et de leurs obligations militaires en Europe, afin de pouvoir consacrer plus d’argent et de ressources à l’endiguement de la Chine. Ainsi, les débats télévisés ne cessent de s’en prendre à Poutine et d’attiser la peur. « Les pays baltes seront-ils les prochains ? » Lüders explique en détail pourquoi les gouvernements américains s’intéressent à l’Ukraine : pour des raisons de politique de puissance.

Celles-ci auraient été nommées par le géostratège américain et expert en sécurité George Friedman lors d’une conférence devant le Chicago Council on Global Affairs le 3 février 2015. Friedman a souligné la principale crainte des gouvernements américains – que Lüders appelle « la plus grande peur primaire » – de voir le capital et les technologies allemandes s’associer aux ressources en matières premières russes et à la main-d’œuvre russe pour former une combinaison unique que les États-Unis tentent d’empêcher depuis un siècle. La question est maintenant, selon Friedman, de savoir comment faire en sorte que cette combinaison germano-russe soit empêchée. A la suite de cette émission, vous pourrez voir l’extrait du discours de George Friedman du 3 février 2015 mentionné par Lüders. Les déclarations de Friedman sont des « mots clairs », selon Lüders, qui ne laissent guère de doute sur le fait que les Ukrainiens sont les pions d’un échiquier géopolitique.

Dans ce contexte, on comprend aussi pourquoi le gouvernement américain a voulu à tout prix empêcher le projet de gazoduc Nord Stream 2. Il ne s’agit pas seulement du gaz liquide, mais aussi de la « peur primaire » nommée par Friedman. Le gouvernement américain n’est guère intéressé par une désescalade du conflit entre la Russie et l’Ukraine et continuera par conséquent à pousser l’Ukraine à devenir membre de l’OTAN. Si l’UE et l’Allemagne en particulier ne se positionnent pas intelligemment sur cette question, elles risquent de devenir des troupes auxiliaires pour les intérêts américains.

7. Conclusion de Lüders et appel au gouvernement allemand Les Allemands n’ont aucune raison de se mettre à la remorque de la politique de puissance américaine. L’objectif prioritaire doit être de mettre fin à la guerre le plus rapidement possible. Cela suppose de rester ouvert au dialogue avec le gouvernement russe et le président Poutine et de rechercher des compromis. La Russie ne peut et ne veut pas accepter une Ukraine politiquement et militairement orientée vers l’Ouest.

L’Allemagne a besoin de relations solides avec les deux pays, la Russie et l’Ukraine, et non d’une guerre froide 2.0. Lüders évoque les alternatives possibles : Mener une guerre contre la Russie ? Risquer une troisième guerre mondiale avec des armes nucléaires ? Ou bien faire chuter l’économie allemande à l’aide de sanctions sans fin, qui ne profiteraient ni à l’Allemagne ni à l’Ukraine, mais aux intérêts américains ? Les élites au pouvoir, que ce soit à Moscou, à Washington ou ailleurs, ne seraient pas au service de leur population, mais poursuivraient leurs propres intérêts. Elles n’excluraient même pas d’emblée et par principe une destruction nucléaire.

Pour préserver la paix, il faut que les gens aux Etats-Unis, en Europe, en Ukraine et en Russie reconnaissent qu’ils ne peuvent pas se laisser dresser les uns contre les autres et qu’ils doivent construire leur propre avenir. La solidarité et la compassion doivent aller à tous ceux qui paient le prix à la place des cercles de pouvoir élitistes, des petites minorités, qui décident du destin de peuples entiers. Restons vigilants !

de dd.

Sources / Liens : Ukraine-Gipfel in Brüssel: Bidens Schulterschluss mit Europa https://www.tagesschau.de/ausland/biden-bruessel-ukraine-selenskyj-101.html
SRF 06:00 Uhr Nachrichten „HeuteMorgen“ vom 25.03.2022: Demonstrative Einigkeit der westlichen Staaten in Brüssel https://www.srf.ch/audio/heutemorgen/demonstrative-einigkeit-der-westlichen-staaten-in-bruessel?id=12165998#autoplay
Michael Lüders’ Analyse zum Krieg in der Ukraine vom 06.03.2022 (Russlands Überfall auf die Ukraine: Wie geht es weiter?) https://www.youtube.com/watch?v=FlXihZc2IzQ
Stratfor-Rede von George Friedman vom 04.02.2015 in voller Länge https://www.youtube.com/watch?v=QeLu_yyz3tc
Stratfor-Rede: „100 Jahre US-Angriff auf deutsch-russische Freundschaft‟ (gekürzte Fassung) www.kla.tv/5588

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